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Pôle Hydrogène : A+W Genève sur les pas de Jules Verne

Avec son célèbre roman, l’île mystérieuse, l’immense auteur nantais prophétise l’avènement de l’hydrogène, dans un troublant dialogue entre l’ingénieur Cyrus Smith et l’habile marin Pencroff*. 145 ans après, le vecteur d’énergie au symbole H est au cœur de toutes les attentions dans les industries de la mobilité et du bâtiment.
A+W Genève prend les devants avec la mise en place d’un pôle de développement sur les applications de ce futur pilier de la transition énergétique. Corentin Maucoronel, qui participe au projet, nous éclaire sur cette démarche.

A+W. L’idée de l’hydrogène ne semble pas nouvelle. À quand remonte-t-elle ?
C.M. Il a en effet été observé dès le 16e siècle par le médecin et philosophe suisse Paracelse, puis découvert en 1766 par le physicien britannique Cavendish et nommé hydrogène (qui génère de l’eau) en 1783, par le chimiste français Lavoisier (guillotiné en 1794).
En 1800, la première électrolyse de l’eau est réalisée par deux chimistes britanniques, William Nicholson et Sir Anthony Carlisle, suivie 40 ans après, de la découverte du procédé de pile à combustible, par le chimiste allemand Schönbein.
En 1841, la première pile à hydrogène est fabriquée par Sir William Grove, alors qu’a lieu en 1898 la première liquéfaction de l’hydrogène à -253° par James Dewar.
Jules Verne, à qui l’on doit également quelques études scientifiques notables, avait vu juste !

Pourquoi l’hydrogène n’a-t-il pas émergé dans un 19e siècle en pleine révolution industrielle ?
C’est bien là le drame de l’hydrogène, mais aussi de l’énergie solaire (voir notamment l’article Il était une fois le concentrateur solaire, du 29 novembre 2016), qui tous deux, ont été supplantés par l’apparition des énergies fossiles. Le 20e siècle aura été en grande partie leur mise en parenthèse, alors que le 21e siècle consacrera leur renaissance.
Dès le 19e siècle, l’hydrogène a néanmoins été utilisé pour synthétiser la molécule d’ammoniac, un composé chimique utilisé pour la fabrication d’explosifs et d’engrais. L’hydrogène a indirectement favorisé le développement de l’agriculture productiviste et par extension, de la population mondiale.

Que recherche le pôle Hydrogène de A+W Genève ?
Nous pensons que l’hydrogène constituera à court terme, une source d’énergie renouvelable à haut rendement pour chauffer les bâtiments et les alimenter en électricité. Il est déjà techniquement possible de produire de l’hydrogène sur site, en installant des panneaux solaires dont la production d’énergie permet de réaliser l’électrolyse de l’eau et de l’oxygène responsable de la production d’hydrogène. Celui-ci pourra ensuite être stocké sous forme d’hydrures métalliques, un mélange de poudre de magnésium ou de fer capable d’absorber et de stocker le gaz.
Cette technologie est un progrès important, car elle rend possible le stockage à faible pression et sans risque d’une grande quantité d’hydrogène, ce qui représente une bonne alternative aux réservoirs d’hydrogène sous pression et un parfait complément aux batteries électriques
L’hydrogène est ensuite retransformé en électricité par une pile à combustible, elle aussi installée en sous-sol des immeubles.
Nous pensons que l’hydrogène doit intégrer toute réflexion sur la production d’énergie décarbonée, à destination des bâtiments industriels, immeubles de bureaux et d’habitation. Nous sommes actuellement en contact avec les protagonistes de ce nouveau secteur (industriels, fournisseurs d’énergies, centres de recherche), afin d’en cerner les opportunités et les applications concrètes. Nous vous tiendrons informés de nos découvertes !

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* Lisez l’époustouflante vision de Jules Verne !
— Mais que trouvera-t-on ? demanda Pencroff. L’imaginez-vous, monsieur Cyrus ?
— À peu près, mon ami.
— Et qu’est-ce qu’on brûlera à la place du charbon ?
— L’eau, répondit Cyrus Smith.
— L’eau, s’écria Pencroff, l’eau pour chauffer les bateaux à vapeur et les locomotives, l’eau pour chauffer l’eau !
— Oui, mais l’eau décomposée en ses éléments constitutifs, répondit Cyrus Smith, et décomposée, sans doute, par l’électricité, qui sera devenue alors une force puissante et maniable, car toutes les grandes découvertes, par une loi inexplicable, semblent concorder et se compléter au même moment. Oui, mes amis, je crois que l’eau sera un jour employée comme combustible, que l’hydrogène et l’oxygène, qui la constituent, utilisés isolément ou simultanément, fourniront une source de chaleur et de lumière inépuisables et d’une intensité que la houille ne saurait avoir. Un jour, les soutes des steamers et les tenders des locomotives, au lieu de charbon, seront chargés de ces deux gaz comprimés, qui brûleront dans les foyers avec une énorme puissance calorifique. Ainsi donc, rien à craindre. Tant que cette terre sera habitée, elle fournira aux besoins de ses habitants, et ils ne manqueront jamais ni de lumière ni de chaleur, pas plus qu’ils ne manqueront des productions des règnes végétal, minéral ou animal. Je crois donc que lorsque les gisements de houille seront épuisés, on chauffera et on se chauffera avec de l’eau. L’eau est le charbon de l’avenir.

Titre : L’Île mystérieuse
Auteur : Jules Verne
Parution : 1875